Liège,
flâner le nez en l'air



Colonnes des galeries de la première
cour du Palais des Princes-Evêques.


Si Liège doit tant à son fleuve, elle a aussi su lui offrir un coeur de ville à sa mesure.

Certes, les nécessités urbanistiques d'époques successives et pas forcément complémentaires ont brisé certaines harmonies architecturales. Mais elles en ont recomposé d'autres qui ne manquent pas d'intérêt. Liège n'est pas de ces villes-musées figées dans un temps qui n'est pas le leur. Elle n'est pas unique dans le visage de ses quartiers. Cette multiplicité des styles interdit la monotonie et exige toujours qu'on en revienne au fleuve fédérateur qui étendait jadis ses ramifications loin dans la Cité.

Voilà pourquoi Liège ne se livre pas toute au premier coup d'oeil et met un peu de temps à se laisser apprivoiser. Ceux qui y vivent ne se lassent pas d'y jouer les touristes eternels et vous invitent à les imiter ou à les suivre.

Victor Hugo
"Liège a encore assez de
tourelles, assez de façades
à pignons volutés ou taillés,
assez de clochers romans,
assez de portes-donjons comme
celles de Saint-Martin et
d'Amercoeur, pour émerveiller
le poète et l'antiquaire
même le plus hérissé devant
les manufactures, les
mécaniques, les usines.
Je n'ai vu nulle part un
ensemble architectural plus
étrange, plus morose et plus
superbe" (parlant du Palais
des Princes-Evêques).

Le Coeur Historique

La place Saint-Lambert désigne le coeur historique et traditionnel de Liège. On y a trouvé des traces datant du paléolithique moyen (environ 50.000 ans) avant de mettre à jour les restes d'une vaste villa romaine puis d'une agglomération mérovingienne, et enfin les fondations de la cathédrale de Notger, premier Prince-Evêque et figure emblematique de I'histoire de la Cité et de son Pays "Tu dois Liège à Notger et Notger au Christ". A la charnière de l'an 2000, la place Saint-Lambert évolue vers un visage définitif, digne de son ampleur et de son passé. Aujourd'hui, orpheline de sa cathédrale, détruite sous la Révolution française, elle est dominée par I'imposant Palais des Princes-Evêques (qui abrite les services de la Justice et du Gouvernement provincial). Il constitue un ensemble architectural qui témoigne d'époques différentes et mélange les styles, essentiellement gothique et renaissance. La première cour, avec ses galeries à I'italienne, présente soixante colonnes aux motifs tous différents. La seconde, plus intime et d'accès réservé, évoque un cloître champêtre où le Prince-Evêque aimait à se retirer.
Cité sainte puis bourgeoise, terre précoce de libertés et de franchises, Liège prôna avant les autres les vertus démocratiques ("pauvre homme en sa maison est roi").


Palais des Princes-Evêques


Symbole des libertés communales, le Perron dont I'histoire est aussi mouvementée que celle de la ville, trône sur la place du Marché, lieu de rencontre et de commerce traditionnel. I1 est I'une des deux fontaines de cette place chaleureuse et grouillante de vie qu'encadrent de belles façades des 17ème et 18ème siècles dont celle de 1'Hôtel de Ville ("La Violette"). D'autres maisons de cette époque jalonnent un itinéraire historique, entrelacs de courtes rues et de venelles, qui se raccrochent, a deux pas des quais de Meuse, à la patricienne Féronstrée, une artère où il convient de marcher "le nez en I'air". L'Office du Tourisme, l'Ilot archéologique Saint-Georges et les musées du Coeur historique sont des passages obligés vers I'église Saint-Barthélemy dont les fonts baptismaux figurent parmi les "sept merveilles de Belgique". Hors-Château, en contrebas d'une ancienne colline plantée de vignes, offre quelques beaux exemples de rénovation urbaine à travers ses pittoresques impasses et la Cour Saint-Antoine.

Gérard de Nerval
"Allons vite au plus pressé, c'est-à-dire au plus beau. La cour du palais de justice de Liège qui rappelle certains palais de Venise.

Le pays de Liège est à la fois le midi et I'orient de la Belgique; l'air y est sensiblement plus pur qu'ailleurs, dégagé de I'épaisse brume des coteaux et de la mer; la population à l'oeil vif au pas rapide, est pleine d'intelligence, de force et d'activité."

Cathédrale Saint-Paul.

Fontaine de la Vierge à l'Enfant (17e s.)
Jean Del Cour.


Le Perron, symbole des liberté.

L'Hôtel de Ville "La Violette".

La campagne en ville !

A côté de ses parcs ordonnés, Liège a aussi ses jardins de ville, qui s'étagent à flanc de coteaux. Une promenade (le Sentier des Coteaux) permet de goûter à une quiétude d'autant plus appréciable qu'elle laisse monter jusqu'à elle les bruits assourdis du centre ville. Des petits escaliers aux marches solides, des porches et des vieux murs sertis de lierre, des portes qu'il faut pousser, des rues abruptes et des ruelles agrestes, des cours cachées, l'ancien Béguinage du Saint-Esprit et la Tour des Vieux-Joncs disent tout le charme de cette campagne de ville qui culmine au site de la Citadelle (Enclos des fusillés et Mémorial, hôpital moderne). De ce lieu champêtre où paissent encore quelques vaches et moutons, on découvre un panorama idéal du fleuve et de la ville semée de tours et de clochers. Les escaliers (373 marches !) de la Montagne de Bueren descendent vers le Coeur historique. On peut leur préférer la populeuse Pierreuse, dont l'atmosphère de village cosmopolite ne passe pas inaperçue. Autour de celui fut l'un des premiers piétonniers d'Europe sont venus s'en greffer bien d'autres qui dessinent un centre ville moderne, vivant, ourlé de boutiques attirantes qui constituent une zone de chalandise dépassant de loin le cadre de la métropole. En flânant aujourd'hui sur ce qui était hier des bras de Meuse (et que le nom des rues rappelle : Vinâve d'Ile, Pont d'Ile...), on effectue un parcours original qu'un "Petit Poucet" facétieux sèmera de découvertes intéressantes : le premier passage commercial couvert du pays (passage Lemonnier), une fontaine ornée d'une Vierge à I'enfant de Jean Del Cour (1695), la salle de spectacle prestigieuse du Forum, la cathédrale Saint-Paul à laquelle une vaste esplanade fleurie fait allégeance. C'est l'église maîtresse de Liège, dite la "ville aux cent clochers", tels ceux de Saint-Jean (tour romane du 12e), de Saint-Denis (elle aussi fondée sous Notger) et de Saint-Jacques, sans doute la plus fine, la plus belle et la plus évocatrice des églises de la cité épiscopale d'où partirent tant d'évangélisateurs et d'humbles pèlerins.

Escalier de la Montagne de Bueren.


Citons aussi la collégiale Saint-Martin, perchée sur un Mont patricien et qui compte à la fois dans la chronique liégeoise pour le "Mal Saint-Martin", au cours duquel s'affrontèrent à feu et à sang les nobles et les gens du peuple et dans l'histoire de l'église pour avoir créé la Fête-Dieu élargie à l'Eglise universelle.

© Olivier Toussaint
Création : 01 février 1997
Dernière mise à jour : 24 avril 1998